La calima : ce que personne ne vous dit sur le climat des Canaries
Les pages qui vantent le climat de l’archipel parlent de vingt degrés en janvier. Elles ne parlent presque jamais de la calima, alors qu’elle concerne 40 % des jours de l’année selon la recherche publique espagnole. Ce n’est pas un détail météo. C’est le seul point du climat canarien qui mérite un avis médical avant de décider.
Ce que c’est, et pourquoi les Canaries d’abord
La calima est de la poussière du Sahara en suspension dans l’air. Rien de plus. Elle arrive du continent africain, la terre la plus proche de l’archipel, portée par les vents. Le Conseil supérieur de la recherche scientifique espagnol le formule simplement : les alizés transportent la poussière africaine vers les Caraïbes, et l’archipel se trouve sur cette route.
Les brochures n’en tirent pas la conséquence. Les Canaries ne sont pas un territoire européen qui subirait de temps en temps un phénomène exotique. Elles sont le premier territoire touché, et la fréquence y est la plus élevée d’Espagne.
Combien de jours de calima par an aux Canaries
Trois chiffres suffisent. Ils viennent tous d’organismes publics, pas d’une impression de séjour.
40 % des jours de l’année
C’est la fréquence des épisodes de poussière saharienne aux Canaries, la plus élevée du pays selon le Conseil supérieur de la recherche scientifique espagnol. L’archipel est le premier territoire touché sur la route des alizés.
De 1 à plus de 14 jours
La durée d’un épisode, telle que la donne le service de santé canarien. Ce n’est donc pas un phénomène d’une journée : c’est une séquence, qui peut couvrir deux semaines.
Jusqu’à 600 µg/m³ de PM10
Le niveau que les particules peuvent atteindre pendant un épisode, et 250 µg/m³ pour les PM2.5, les plus fines. Le repère européen, lui, est une valeur LIMITE de 50 µg/m³ en moyenne journalière, à ne pas dépasser plus de 35 jours par an, et le seuil d’alerte est fixé à 80 µg/m³. Un pic de calima peut donc valoir sept fois et demie le seuil d’alerte.
Vous lirez souvent « 146 jours par an ». Ce nombre n’est écrit dans aucun communiqué : c’est le report de 40 % sur une année civile, un calcul que n’importe qui peut refaire. Nous le mentionnons parce qu’il circule, mais le chiffre officiel est un pourcentage, et il vaut mieux le citer tel quel.
Ce que la calima fait à la santé, chiffré
C’est la partie que les pages touristiques omettent. Elle n’est pas anecdotique : le service de santé des Canaries publie des chiffres d’hospitalisation.
Un jour de calima est associé à cette hausse du risque d’hospitalisation pour maladie respiratoire, selon le service de santé canarien.
La hausse est plus marquée pour la bronchopneumopathie chronique obstructive.
Les effets constatés sont plus importants les jours où les PM10 dépassent cette valeur, et ils s’étalent sur plusieurs jours consécutifs.
Le service de santé canarien l’écrit noir sur blanc : les épisodes de calima « ne doivent pas être considérés comme un phénomène naturel bénin pour la santé ».
Cette page n’est pas un avis médical. Elle n’en donne aucun. Elle rassemble ce que publient deux organismes publics, pour qu’une personne asthmatique, allergique ou suivie pour une maladie respiratoire puisse en parler à son médecin avant de signer un bail à quatre mille kilomètres, et non après. Pour quelqu’un sans fragilité respiratoire, la calima est surtout une contrainte de confort : du sable partout, des vols parfois perturbés, des journées où l’on ferme les fenêtres.
Pièges fréquents
Confondre les 40 % et les 25 %
Plusieurs articles annoncent que la calima « a augmenté de 10 à 25 % » aux Canaries. C’est un mélange de deux chiffres différents : les 40 % sont la fréquence actuelle aux Canaries, l’augmentation de 10 à 25 % sur la dernière décennie porte sur le sud de l’Europe. Le communiqué du CSIC ne chiffre aucune augmentation pour l’archipel seul.
Croire que c’est un décor
Les photos de ciel ocre circulent comme une curiosité touristique. Les chiffres du service de santé canarien décrivent autre chose : des moyennes journalières qui peuvent atteindre douze fois la valeur limite européenne, et un surrisque d’hospitalisation mesuré.
Visiter une île en février et en déduire le climat
Un séjour de repérage d’une semaine peut tomber entièrement à côté d’un épisode, ou entièrement dedans. Avec quatre jours sur dix concernés à l’échelle de l’année, une semaine ne dit rien de statistiquement solide.
Le choix de l’île, lui, se joue sur d’autres critères que nous détaillons dans la fiche consacrée à cette question : les bureaux administratifs, les liaisons, le régime de location. Nous n’y comparons pas les îles sur la calima, faute de source officielle qui les mesure séparément.
Cette page fait partie des 8 questions traitées une par une, chacune avec ses sources datées.
Questions fréquentes
Combien de jours de calima par an aux Canaries ?
Le Conseil supérieur de la recherche scientifique espagnol chiffre la fréquence des épisodes de poussière saharienne à 40 % des jours de l’année aux Canaries, la valeur la plus élevée d’Espagne. Appliqué à une année civile, cela représente environ 146 jours, mais ce report est un simple calcul : le communiqué, lui, ne donne qu’un pourcentage.
La calima est-elle dangereuse pour la santé ?
Le service de santé canarien écrit que les épisodes de calima « ne doivent pas être considérés comme un phénomène naturel bénin pour la santé ». Il associe un jour de calima à une hausse de 22,6 % du risque d’hospitalisation pour maladie respiratoire, et de 29,9 % pour la bronchopneumopathie chronique obstructive, avec des effets plus marqués au-delà de 150 µg/m³ de PM10.
Combien de temps dure un épisode ?
De un à plus de quatorze jours, selon le service de santé canarien, et plusieurs épisodes se produisent chaque année.
600 µg/m³, est-ce beaucoup ?
La valeur limite européenne pour la protection de la santé humaine est de 50 µg/m³ en moyenne journalière, à ne pas dépasser plus de 35 jours par année civile, et le seuil d’alerte est de 80 µg/m³. Une moyenne journalière de 600 µg/m³ représente donc douze fois la valeur limite et sept fois et demie le seuil d’alerte.
La calima touche-t-elle toutes les îles de la même façon ?
Nous ne l’écrivons pas, faute de source officielle qui compare les îles entre elles. Les données que nous avons portent sur l’archipel dans son ensemble. Les mesures par station sont publiées par le réseau canarien de qualité de l’air.
La calima augmente-t-elle avec le changement climatique ?
L’étude publiée dans Nature en juillet 2026, dirigée par le Paul Scherrer Institute avec l’institut IDAEA du CSIC, mesure une augmentation de la poussière désertique de 10 à 25 % sur la dernière décennie dans le sud de l’Europe. Ce chiffre porte sur cette zone, pas sur les Canaries seules : le communiqué ne quantifie pas d’augmentation propre à l’archipel.
Est-ce une raison de ne pas s’installer aux Canaries ?
C’est une décision personnelle, et elle dépend surtout de votre état respiratoire. Ce que nous pouvons dire, c’est que le phénomène est fréquent, documenté, mesuré, et qu’il n’est pas mentionné sur la plupart des pages qui vantent le climat de l’archipel. Quelqu’un qui a de l’asthme ou une BPCO a intérêt à en parler à son médecin avant de décider, pas après.