Partir vivre aux Canaries : ce qu’il faut préparer avant de partir
Les décisions qui coûtent cher à défaire : l'île, la ville, le budget, et ce qu'il faut clore en France avant de partir.
C'est la phase où l'on a le plus de marge de manœuvre et le moins d'informations. Trois choix engagent la suite : l'île, qui détermine le bassin d'emploi, l'accès aux soins et le chef-lieu où se feront les démarches d'État ; le logement, encadré depuis décembre 2025 par une loi canarienne propre à l'archipel ; et le budget, qu'un IGIC à 7 % rend difficile à transposer depuis la France. Le reste — impôts, CPAM, assurances — se règle en parallèle, dans un ordre qui évite de se retrouver sans couverture.
Les étapes de cette phase
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Choisir son île et sa ville
Les sept îles habitées comparées du point de vue d'une installation : provinces, liaisons, soins, marché locatif, connexion. Et ce que la loi de 2025 change selon l'île.
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Trouver un logement
Durée minimale, fianza plafonnée, frais d'agence à la charge du bailleur, piège du contrat de temporada, et la loi canarienne de décembre 2025.
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Chiffrer son budget d'installation
Le comparateur de coût de la vie : votre budget mensuel entre votre ville actuelle et onze villes de l'archipel.
Trois mois de libre circulation, puis une obligation
C’est le malentendu le plus répandu, et le plus coûteux à rattraper. Être français donne le droit d’entrer, de circuler et de résider librement en Espagne. Cela ne dispense pas de s’enregistrer. Au-delà de trois mois, le droit de séjour cesse d’être automatique : il faut être dans l’une des trois situations que fixe le décret royal 240/2007.
C’est le cas le plus simple. Un contrat de travail ou une inscription comme autónomo ouvre le droit à lui seul.
Sans activité, la loi exige les deux ensemble : des ressources pour ne pas devenir une charge pour l’assistance sociale, et une assurance maladie couvrant tous les risques en Espagne. L’une sans l’autre ne suffit pas.
Inscription dans un établissement d’enseignement, et la même exigence d’assurance maladie couvrant tous les risques.
Dans tous les cas, l’inscription au Registro Central de Extranjeros doit être demandée dans les trois mois suivant l’entrée en Espagne. Ce n’est pas un titre de séjour au sens où l’entendent les pays hors Union : c’est un enregistrement, et il délivre le certificat vert que tout le monde appelle simplement la fiche verte.
La démarche se fait sur place et appartient à la phase 03. Mais le délai, lui, court à partir du jour de l’arrivée : c’est en préparant le départ qu’on décide si l’on remplira une condition à temps, et avec quels papiers.
« Ressources suffisantes » : la loi interdit d’en fixer le montant
C’est la question la plus posée avant un départ, et la réponse est contre-intuitive. Le décret royal ne fixe pas de seuil, et il précise qu’on ne peut pas en fixer un :
« En lo que se refiere a medios económicos suficientes, no podrá establecerse un importe fijo, sino que habrá de tenerse en cuenta la situación personal… » — Real Decreto 240/2007, article 7. Autrement dit : aucun montant fixe ne peut être établi, et l’appréciation se fait au cas par cas.
Beaucoup de guides francophones annoncent pourtant un chiffre précis, souvent adossé à l’IPREM. L’IPREM est l’indice de référence d’autres procédures espagnoles, pas de celle-ci. Pour un citoyen de l’Union, la référence est le montant ouvrant droit à une prestation non contributive, apprécié selon la situation personnelle et familiale du demandeur.
Nous ne donnons donc aucun montant : en donner un présenterait comme une règle ce que le texte refuse d’ériger en règle. Ce qui se prépare avant de partir, en revanche, est très concret : de quoi prouver des ressources — relevés, revenus de capitaux, titres de propriété, attestation bancaire de solde disponible — et, si vous n’aurez pas d’activité sur place, un contrat d’assurance maladie souscrit avant le rendez-vous.
La carte européenne d’assurance maladie ne suit pas un déménagement
Elle couvre les séjours temporaires. Elle n’est pas faite pour un transfert de résidence, et compter dessus pour ses premiers mois d’installation revient à s’appuyer sur un document qui ne couvre pas la situation. Ce qui prend le relais dépend entièrement de ce que vous allez faire sur place.
Vous relèverez de la sécurité sociale espagnole, par votre contrat ou par votre inscription au régime des indépendants. C’est le principe européen du pays d’activité. Dans ce cas, il n’y a pas de formulaire S1 à demander : c’est l’affiliation sur place qui ouvre les droits.
Là, le S1 s’applique. Il se demande à la caisse qui verse la pension, et s’enregistre auprès de la sécurité sociale espagnole à l’arrivée.
Le S1 s’applique aussi, demandé à la CPAM ou par l’employeur. C’est le cas de qui réside en Espagne tout en restant rattaché au régime français.
Aucun formulaire européen ne vous couvre. C’est le cas où l’assurance privée de l’article 7 n’est pas seulement prudente : elle conditionne le droit de séjour lui-même.
Le S1 n’est délivré ni par le Cleiss, qui ne fait qu’en documenter l’usage, ni par un service en ligne générique. Il vient de l’organisme qui vous assure aujourd’hui : CPAM, MSA, ou caisse de retraite. La demande se fait avant le départ, pendant que vous avez encore un interlocuteur français joignable.
Ce qu’il faut régler côté français
Partir ne clôt rien automatiquement. Deux choses se font au moment du départ, et une troisième se prépare maintenant pour l’année suivante.
Le changement d’adresse se déclare au service des impôts des particuliers dont vous dépendez, depuis votre espace sur impots.gouv.fr. C’est ce signalement qui enclenche la bascule du dossier.
Billet, état des lieux de sortie, bail espagnol, résiliations d’abonnements. La date de départ est demandée explicitement dans la déclaration, et c’est elle qui coupe l’année en deux.
Prélèvements résiduels, remboursements, virement d’un solde de tout compte : fermer trop tôt transforme des opérations ordinaires en démarches à distance.
L’année du départ se déclare l’année suivante, et elle se déclare en deux morceaux. La déclaration principale, la 2042, porte la totalité des revenus perçus du 1er janvier à la date de départ. L’annexe 2042-NR ne porte que les revenus de source française imposables en France perçus après le départ.
Le point que la plupart des résumés inversent : l’annexe 2042-NR n’est pas systématique. L’administration écrit que si, après votre départ de France, vous ne percevez plus de revenus de source française imposables en France, vous ne devez pas la compléter. Quelqu’un qui part exercer aux Canaries et n’a rien laissé derrière lui n’a donc qu’une seule déclaration à remplir.
Un effet secondaire vaut d’être connu à l’avance : quand une 2042-NR est jointe, la déclaration en ligne n’affiche plus d’estimation d’impôt ni le détail du calcul. Le montant est calculé par les services et n’apparaît qu’à la réception de l’avis. Il faut donc provisionner soi-même, sans le chiffre que l’écran donne d’habitude.
Questions fréquentes
Faut-il un visa ou un titre de séjour pour s’installer aux Canaries ?
Non. Les Canaries sont une communauté autonome espagnole, donc dans l’Union européenne, et la libre circulation s’applique. Il faut en revanche demander l’inscription au Registro Central de Extranjeros dans les trois mois suivant l’entrée, et remplir l’une des trois conditions du décret royal 240/2007 : travailler, disposer de ressources suffisantes et d’une assurance maladie, ou être étudiant assuré.
Quel montant faut-il justifier pour prouver des « ressources suffisantes » ?
Aucun montant fixe n’existe, et le texte espagnol précise expressément qu’il ne peut pas en être établi : l’appréciation tient compte de la situation personnelle et familiale du demandeur. Les chiffres qui circulent dans les guides francophones renvoient souvent à l’IPREM, qui est le critère d’autres procédures, pas de celle-ci. Ce qui compte est de pouvoir prouver des ressources, par tout moyen admis en droit.
Ma carte européenne d’assurance maladie suffit-elle pour les premiers mois ?
Non. Elle est prévue pour les séjours temporaires, pas pour un transfert de résidence. Ce qui prend le relais dépend de votre situation : affiliation à la sécurité sociale espagnole si vous travaillez sur place, formulaire S1 si vous êtes retraité ou détaché, assurance privée si vous n’avez ni activité ni pension.
Dois-je demander un formulaire S1 avant de partir ?
Seulement si vous êtes retraité d’un régime français, détaché, ou si vous continuez de travailler en France tout en résidant en Espagne. Si vous partez travailler aux Canaries, salarié ou autónomo, vous relèverez de la sécurité sociale espagnole et il n’y a pas de S1 à demander. Il est délivré par la CPAM, la MSA ou la caisse de retraite, jamais par le Cleiss.
Que déclare-t-on aux impôts français l’année où l’on part ?
La déclaration 2042 porte tous les revenus perçus du 1er janvier à la date de départ, et il faut indiquer cette date ainsi que la nouvelle adresse à l’étranger. L’annexe 2042-NR ne s’ajoute que si vous percevez encore des revenus de source française imposables en France après le départ : sinon, l’administration indique qu’il ne faut pas la compléter.
Combien de temps faut-il prévoir entre la décision et le départ ?
Ce sont les délais qui ne dépendent pas de vous qui commandent : obtenir un S1 auprès de sa caisse, souscrire une assurance maladie, réunir des justificatifs de ressources, et surtout trouver un logement, marché tendu sur les deux grandes îles. Les trois mois pour s’enregistrer, eux, ne courent qu’à partir de l’arrivée.