Sa première déclaration de revenus : qui doit déclarer, et quand
La question qu’on se pose la première année est presque toujours « est-ce que je gagne assez pour devoir déclarer ? ». Les seuils existent, ils sont dans la loi — mais pour la plupart des lecteurs de ce guide, ils ne s’appliquent pas. Deux situations les effacent, et l’une d’elles tient à un seul jour d’inscription.
Les seuils, et les deux cas qui les effacent
La loi pose un principe simple — tout contribuable est tenu de déclarer — puis énumère des dispenses. Voici les seuils tels qu’elle les écrit.
Revenus du travail, un seul payeur
Le seuil le plus connu, et celui qui s'applique le moins souvent à quelqu'un qui vient d'arriver.
Revenus du travail, plusieurs payeurs
Dès qu'il y a plus d'un payeur. Sauf si le deuxième et les suivants ne dépassent pas 1 500 € au total : on reste alors à 22 000 €.
Capital mobilier et plus-values soumis à retenue
Limite conjointe pour ces deux catégories.
Revenus immobiliers imputés, bons du Trésor, certaines aides
Limite conjointe, pour les cas énumérés par la loi.
Cas général, toutes catégories confondues
Pour qui n'a que des revenus du travail, du capital ou d'activités économiques et des plus-values, avec des moins-values inférieures à 500 €.
Jusque-là, rien que de très classique. Mais la loi ajoute deux phrases qui changent tout pour qui s’installe.
Un jour d’inscription comme autónomo suffit. Le texte dit que sont « en tout état de cause obligées de déclarer » les personnes physiques qui, « à un moment quelconque de la période d’imposition », ont été inscrites comme travailleurs indépendants au régime des indépendants. Pas de seuil, pas d’exception : y compris avec un revenu nul, et y compris si l’inscription n’a duré qu’une semaine.
Le droit à la déduction pour double imposition internationale aussi. La loi oblige à déclarer, sans aucun seuil, tout contribuable qui y a droit. Un expatrié qui conserve un revenu de source française imposé en France — un loyer, une pension, des dividendes — est typiquement dans ce cas, et l’ignore presque toujours.
Autrement dit : si vous vous installez pour travailler à votre compte, ou si vous avez laissé un revenu imposable derrière vous, la question du seuil ne se pose pas. Vous déclarez.
Quand déposer, et le piège des cinq jours
La déclaration se dépose au printemps qui suit l’année déclarée. Pour les revenus 2025, le dépôt par Internet allait du 8 avril au 30 juin 2026.
Mais la date limite tombe au 25 juin si le paiement est domicilié. Cinq jours d’écart, pour une case cochée en début de parcours et oubliée ensuite. C’est l’erreur de calendrier la plus banale de cette déclaration, et rien ne vous la rappelle.
Ces dates sont fixées chaque année par l’administration : celles ci-dessus valent comme repère, pas comme règle. Elles se revérifient sur le portail de l’Agencia Tributaria avant chaque campagne. L’assistance téléphonique et l’accueil en bureau ouvrent plus tard que le dépôt en ligne, et leurs rendez-vous se prennent encore avant : si vous comptez sur eux pour votre première année, prenez date dès l’ouverture.
La première année, et ce qu’elle recouvre
C’est là que la première déclaration diffère de toutes les suivantes, et la raison a été établie en détail sur la page de cette étape : l’Espagne ne découpe pas l’année. La période d’imposition est l’année civile, et la loi ne prévoit qu’un seul cas de période plus courte, le décès.
Si vous êtes résident fiscal espagnol pour l’année, votre déclaration porte donc sur l’année civile entière, revenus mondiaux compris — y compris les mois passés en France avant d’arriver. La France, elle, aura coupé la sienne à votre date de départ. Les deux administrations appliquent chacune leur logique sans se tromper, et c’est la convention franco-espagnole qui départage.
Concrètement, cela veut dire deux choses. D’abord, gardez tout : bulletins, avis, relevés de la période française de cette année-là. Ensuite, ne présumez pas du résultat : la convention désigne un seul État de résidence selon des critères de fait, et deux personnes arrivées le même jour peuvent en sortir avec des réponses différentes.
Ce que vous avez déjà payé s’en déduit
Si vous exercez à votre compte, vous avez versé des acomptes trimestriels par le modelo 130. Ce ne sont pas un impôt à part : ce sont des avances sur celui-là même que la déclaration annuelle calcule.
Ils viennent donc en déduction du montant final. Une première déclaration qui les ignore fait payer deux fois la même chose — et le remboursement, lui, se réclame. Le détail des échéances trimestrielles figure dans la fiche du calendrier fiscal.
Nous ne donnons ici ni le barème ni les tranches. Il y a une part étatique et une part autonome, et la part canarienne a son propre barème, révisé par loi de finances. Ce sont les seuls chiffres du site qui ne s’écrivent pas à la main : le simulateur les porte, extraits verbatim et verrouillés par 1 322 comparaisons automatiques.
Pièges fréquents
Croire qu'un revenu faible dispense de déclarer
Les seuils de dispense de l'article 96 ne s'appliquent pas si vous avez été inscrit comme autónomo, même un seul jour de l'année. Dans ce cas l'obligation est absolue, y compris avec un revenu nul. Beaucoup de gens découvrent la règle l'année suivante.
Attendre le 30 juin en ayant choisi le prélèvement
Le dépôt ferme le 30 juin, mais le 25 juin pour les déclarations dont le paiement est domicilié. Cinq jours d'écart, et rien ne vous les rappelle si vous avez coché le prélèvement sans y penser.
Oublier que la déduction pour double imposition oblige à déclarer
Quiconque a droit à la déduction pour double imposition internationale doit déclarer, sans seuil. Un expatrié qui conserve un revenu de source française imposé en France est typiquement concerné.
Déclarer la seule période passée en Espagne
La période d'imposition espagnole est l'année civile entière, sans découpage. Si vous êtes résident fiscal espagnol pour l'année, la déclaration porte sur l'année complète, y compris les mois précédant l'arrivée.
Ne pas reprendre les acomptes déjà versés
Les modelos 130 payés chaque trimestre sont des acomptes sur cet impôt. Ils se déduisent du montant final. Une déclaration qui les ignore fait payer deux fois.
Questions fréquentes
Un autónomo doit-il déclarer même sans revenus ?
Oui. La loi dispose que sont en tout état de cause obligées de déclarer les personnes physiques qui, à un moment quelconque de la période d'imposition, ont été inscrites comme travailleurs indépendants au RETA. Un seul jour d'inscription suffit, et le montant du revenu n'entre pas en ligne de compte.
À partir de quel revenu faut-il déclarer en Espagne ?
22 000 € de revenus du travail avec un seul payeur, 15 876 € dès qu'il y a plusieurs payeurs — sauf si le deuxième et les suivants ne dépassent pas 1 500 € au total. S'y ajoutent des limites de 1 600 € pour le capital soumis à retenue et de 1 000 € pour plusieurs autres cas. Mais ces seuils tombent si vous avez été autónomo dans l'année.
Quand se dépose la déclaration ?
Au printemps suivant l'année déclarée. Pour les revenus 2025, le dépôt par Internet allait du 8 avril au 30 juin 2026, avec une date limite avancée au 25 juin pour les déclarations dont le paiement est domicilié. Ces dates sont fixées chaque année : elles se revérifient auprès de l'Agencia Tributaria.
Faut-il déclarer les revenus perçus en France avant l'arrivée ?
Si vous êtes résident fiscal espagnol pour l'année civile, la déclaration porte en principe sur l'année entière, revenus mondiaux compris — l'Espagne ne découpe pas l'année. C'est là qu'intervient la convention franco-espagnole, qui désigne un seul État de résidence et évite la double imposition.
Les acomptes trimestriels se déduisent-ils ?
Oui. Les modelos 130 versés chaque trimestre sont des acomptes sur l'impôt sur le revenu : ils viennent en déduction du montant calculé dans la déclaration annuelle. Le détail des échéances figure dans la fiche du calendrier fiscal.
Avoir droit à une déduction pour double imposition change-t-il quelque chose ?
Oui, et c'est peu connu : la loi oblige à déclarer, sans aucun seuil, tout contribuable qui a droit à la déduction pour double imposition internationale. La même règle vaut pour qui verse à un plan de pensions ou à certains dispositifs de prévoyance.