Quel impôt paie-t-on sur une retraite aux Canaries ?
Le barème que vous trouverez partout est faux pour l’archipel. Il annonce six tranches, de 19 à 47 %. Aux Canaries, l’impôt réel en compte 12, de 18,5 % à 50,5 %, parce que l’Espagne additionne deux échelles dont les bornes ne coïncident pas. Voici la vraie, et ce qu’elle donne face à la France sur trois pensions chiffrées.
Les 12 tranches réelles d’une retraite aux Canaries
Chaque ligne additionne le taux de l’État et celui de la communauté autonome. Ce sont des taux marginaux : ils s’appliquent à la tranche, jamais au revenu entier.
| Base imposable | État | Canaries | Total |
|---|---|---|---|
| 0 à 12 450 € | 9,5 % | 9,0 % | 18,5 % |
| 12 450 € à 13 748 € | 12,0 % | 9,0 % | 21,0 % |
| 13 748 € à 19 422 € | 12,0 % | 11,5 % | 23,5 % |
| 19 422 € à 20 200 € | 12,0 % | 14,0 % | 26,0 % |
| 20 200 € à 35 200 € | 15,0 % | 14,0 % | 29,0 % |
| 35 200 € à 35 924 € | 18,5 % | 14,0 % | 32,5 % |
| 35 924 € à 57 566 € | 18,5 % | 18,5 % | 37,0 % |
| 57 566 € à 60 000 € | 18,5 % | 23,5 % | 42,0 % |
| 60 000 € à 93 268 € | 22,5 % | 23,5 % | 46,0 % |
| 93 268 € à 123 745 € | 22,5 % | 25,0 % | 47,5 % |
| 123 745 € à 300 000 € | 22,5 % | 26,0 % | 48,5 % |
| plus de 300 000 € | 24,5 % | 26,0 % | 50,5 % |
Regardez la deuxième et la troisième ligne. Entre 12 450 € et 13 748 €, l’État est déjà passé à 12 % pendant que les Canaries sont encore à 9 %. C’est ce décalage, répété sur toute la longueur des deux échelles, qui transforme six tranches en douze. Aucun barème « espagnol » unique ne peut donc décrire l’archipel.
Pourquoi douze tranches et non six
L'impôt espagnol n'a pas un barème mais deux, appliqués à la même base : celui de l'État et celui de la communauté autonome. C'est leur somme qui donne le taux réel, et c'est pour cela qu'un même revenu n'est pas imposé pareil à Tenerife et à Madrid.
L'échelle étatique change de tranche à 12 450 €, la canarienne à 13 748 €. Les deux se décalent sur toute leur longueur, ce qui produit douze tranches réelles au lieu des six que l'on voit souvent publiées.
En droit espagnol, une pension relève des rendements du travail. Elle entre donc dans la base générale, celle à laquelle ces deux échelles s'appliquent, et non dans la base de l'épargne réservée aux revenus du capital.
Ces pourcentages sont des taux marginaux : ils s'appliquent à la tranche, pas au revenu entier. Une pension de 30 000 € n'est pas imposée à 29 % mais à un taux moyen bien inférieur, parce que les premières tranches restent taxées à 18,5 % et 21 %.
Une conséquence utile, et elle déçoit souvent : sur l’impôt sur le revenu, l’archipel n’a aucun avantage face aux communautés les moins taxées. Madrid va de 18,0 % à 45,0 % là où les Canaries vont de 18,5 % à 50,5 % : plus bas à chaque étage. D’autres communautés taxent davantage, et l’écart s’inverse alors. Ce qui distingue vraiment l’archipel se trouve ailleurs, dans l’IGIC, dans les droits de succession et dans le coût de la vie. Quiconque déménage pour l’impôt sur le revenu seul risque d’être déçu.
Comparer avec la France
C’est la question qu’on nous pose le plus souvent, et la réponse surprend presque tout le monde. Sur les trois cas ci-dessous, l’impôt sur le revenu est plus lourd aux Canaries qu’en France. À 30 000 € de pension, 5 134 € d’un côté contre 1 564 € de l’autre.
Trois pensions annuelles, passées au barème 2025 de chaque pays, pour une personne seule de plus de 65 ans dont la pension du privé est le seul revenu. Impôt sur le revenu uniquement : les prélèvements sociaux, qui changent beaucoup le résultat, sont comptés juste après.
| Pension | France | Canaries | Écart |
|---|---|---|---|
| 20 000 € | 126 € | 1 867 € | +1 742 € |
| 30 000 € | 1 564 € | 5 134 € | +3 570 € |
| 40 000 € | 3 904 € | 8 225 € | +4 321 € |
L’écart ne vient pas des taux les plus hauts, il vient du bas du barème. La France ne prend rien sur les 11 600 € premiers euros, retire ensuite 10 % de la pension au titre de l’abattement, puis applique une décote qui efface l’impôt des plus modestes. L’Espagne, elle, n’a aucune tranche à zéro. Son minimum du contribuable, 6 700 € passé 65 ans, n’annule que l’impôt calculé aux deux premiers taux. Cela se lit sur le seuil d’entrée : aux Canaries on commence à payer vers 16 005 € de pension, en France vers 19 130 €.
L’impôt n’est pas le seul prélèvement, et ça change beaucoup
Si on s’arrête au tableau ci-dessus, on se trompe sur la décision. La France se rattrape ailleurs. Elle prend peu sur une pension par l’impôt, et beaucoup par la CSG, la CRDS et la CASA : jusqu’à 9,1 % de la pension entière, avant tout calcul d’impôt. En partant, ces trois prélèvements tombent, remplacés par une cotisation d’assurance maladie française de 3,2 % à 4,2 % selon la part de retraite complémentaire, parce que la France continue de payer vos soins en Espagne.
| Pension | En restant en France | En partant aux Canaries |
|---|---|---|
| 20 000 € | 1 480 € (7,4 %) | 640 € à 840 € |
| 30 000 € | 2 730 € (9,1 %) | 960 € à 1 260 € |
| 40 000 € | 3 640 € (9,1 %) | 1 280 € à 1 680 € |
Regardez ce que cela fait au premier tableau. À 30 000 € de pension, la CSG française représente à elle seule 76,5 % de l’écart d’impôt. Une fois les deux colonnes comptées, cet écart de +3 570 € tombe à environ 1 800 € à 2 100 €. Les Canaries restent plus chères sur les revenus, mais à peu près deux fois moins qu’il n’y paraît. L’écart demeure. Il change juste d’ordre de grandeur. Une précision manque encore, et elle joue dans le même sens : une part de la CSG se déduit du revenu imposable, ce qui abaisse un peu l’impôt français. Nous ne l’avons pas établie au texte pour le taux le plus élevé, et nous ne l’avons donc pas comptée.
Cela ne fait pas de l’archipel un mauvais choix fiscal, cela déplace son intérêt. Ce qu’un retraité gagne ici se trouve sur la succession, où la bonification efface la quasi-totalité de l’impôt pour les héritiers directs, et sur l’IGIC, dont le taux normal est nettement plus bas que la TVA française. L’impôt sur le revenu, lui, coûte plus cher. Les deux plateaux ne se pèsent pas sur la même balance.
Un préalable commande tout le reste : quel pays a le droit d’imposer votre pension. La réponse dépend de qui la verse, et une pension publique française reste imposable en France même en vivant à Tenerife. C’est traité dans la page sur la convention franco-espagnole.
* Ces trois cas ne sont pas le vôtre. Ils donnent un ordre de grandeur et le sens de l’écart, pas une prévision. Un foyer à deux, une pension publique, des revenus locatifs, un plan d’épargne retraite, et les deux colonnes bougent. Avant d’engager un déménagement sur ces chiffres, faites établir votre situation par un conseiller fiscal.
Pièges fréquents
Lire un barème espagnol à six tranches
Presque toutes les pages qui publient « le barème de l'IRPF » donnent six tranches de 19 à 47 %. C'est l'addition de l'échelle étatique avec elle-même, ce qui décrit une communauté qui reprend le barème de l'État. Aux Canaries, l'échelle autonomique est différente, et le résultat n'a ni le même nombre de tranches ni les mêmes taux.
Croire que les Canaries sont un paradis pour les retraités
Sur la première tranche, le total canarien atteint 18,5 %, contre 18,0 % à Madrid : l'archipel est déjà plus cher. Au sommet, son marginal monte à 50,5 % quand celui de Madrid s'arrête à 45,0 %. Face aux communautés les moins taxées, il n'y a donc aucun avantage à prendre sur l'impôt sur le revenu. Ce que l'archipel fait gagner se trouve ailleurs, sur l'IGIC et sur les droits de succession.
Confondre le pays qui impose et le montant
Savoir qu'une pension privée est imposable en Espagne ne dit rien de ce qu'elle coûtera. Ce sont deux questions distinctes, traitées sur deux pages, et il faut résoudre la première avant de s'intéresser à la seconde.
Prendre notre simulateur pour un calcul d'impôt
Le simulateur du site applique bien ces deux échelles, et il traite le minimum du contribuable comme le fait le droit espagnol, en déduisant l’impôt correspondant au lieu de retrancher le minimum du revenu. Il reste pourtant une estimation : il ignore la réduction pour revenus du travail et le minimum autonomique propre aux Canaries, faute d’avoir établi leurs montants au texte. Il suffit pour comparer deux scénarios, pas pour remplir une déclaration.
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Les 14 questions traitées sont réunies sur une seule page.
Questions fréquentes
Quel est le taux d'imposition d'une retraite aux Canaries ?
Il dépend du montant. Le taux marginal va de 18,5 % sur la première tranche à 50,5 % au-delà de 300 000 €, en douze tranches, parce que l'impôt espagnol additionne l'échelle de l'État et celle de la communauté autonome, dont les bornes ne coïncident pas. Le taux réellement payé, lui, est un taux moyen toujours inférieur au marginal.
Pourquoi les autres sites annoncent-ils six tranches de 19 à 47 % ?
Parce qu'ils additionnent l'échelle étatique avec elle-même, ce qui correspond à une communauté qui reprend le barème de l'État. Les Canaries ont leur propre échelle, en sept tranches, de 9 % à 26 %, fixée par l'article 18 bis du texte refondu des impôts cédés.
Un retraité paie-t-il moins d'impôts aux Canaries qu'ailleurs en Espagne ?
Cela dépend de la communauté, et souvent non. L'échelle canarienne va de 18,5 % à 50,5 % une fois ajoutée à celle de l'État, quand celle de Madrid va de 18,0 % à 45,0 % : plus basse à chaque étage. D'autres communautés taxent davantage et l'écart s'inverse. L'avantage canarien ne se joue donc pas sur l'impôt sur le revenu. Ce qui distingue vraiment l'archipel se trouve ailleurs : dans l'IGIC, dans les droits de succession, et dans le coût de la vie.
Un retraité paie-t-il plus d’impôts aux Canaries qu’en France ?
Sur les trois cas que nous avons calculés, oui, et l’écart est net. À 30 000 € de pension annuelle, une personne seule de plus de 65 ans paie 5 134 € aux Canaries contre 1 564 € en France. À 20 000 €, 1 867 € contre 126 €. L’écart vient du bas du barème : la France ne prend rien sur les 11 600 € premiers euros, retire ensuite 10 % de la pension au titre de l’abattement puis applique une décote, quand l’Espagne n’a aucune tranche à zéro. On commence à payer vers 16 005 € de pension aux Canaries, contre 19 130 € en France. Mais l’impôt n’est pas tout : la France prélève en plus jusqu’à 9,1 % de CSG, CRDS et CASA sur la pension entière, quand un résident espagnol n’en paie aucune et garde seulement une cotisation d’assurance maladie française de 3,2 à 4,2 %. Une fois ces prélèvements comptés, l’écart tombe à environ 1 800 € à 2 100 €, soit environ deux fois moins. Ces cas ne remplacent pas l’étude de votre situation : un couple, une pension publique ou d’autres revenus déplacent le résultat.
Existe-t-il une réduction pour les pensions modestes ?
Oui. L’article 20 de la loi espagnole sur l’impôt sur le revenu accorde une réduction pour l’obtention de revenus du travail, à laquelle les pensions ont droit : 7 302 € par an si le rendement net ne dépasse pas 14 852 €, puis un montant dégressif qui s’annule à 19 747,50 €. Elle ne s’applique que si les autres revenus non exonérés restent sous 6 500 €. C’est elle, combinée au minimum du contribuable, qui explique qu’une petite pension ne paie rien.
Quel est le minimum non imposable ?
Le droit espagnol l’appelle le minimum du contribuable : 5 550 € par an, majoré de 1 150 € passé 65 ans, soit 6 700 € pour un retraité. Il ne fonctionne pas comme un abattement français : il ne se retranche pas du revenu, il est imposé au taux des premières tranches puis déduit de l’impôt. En pratique, en combinant ce minimum, les 2 000 € de frais forfaitaires et la réduction de l’article 20, on commence à payer vers 16 005 € de pension. Une réserve subsiste : les Canaries appliquent depuis 2024 un minimum autonomique propre que nous n’avons pas établi au texte, et nos calculs appliquent donc le minimum de l’État aux deux échelles.
Paie-t-on la CSG sur sa retraite quand on vit aux Canaries ?
Non. Une pension française versée à un résident fiscal espagnol n’est plus soumise à la CSG, ni à la CRDS, ni à la CASA, là où elle en supporte jusqu’à 9,1 % en restant en France. Une cotisation d’assurance maladie reste prélevée par la France, de 3,2 % à 4,2 % selon la part de retraite complémentaire, parce qu’elle continue de payer vos soins en Espagne au titre du document S1. Sur une pension de 30 000 €, cela fait 2 730 € de prélèvements sociaux en restant, contre 960 € à 1 260 € en partant.